Mejmar…

Presque 40 ans au début de l’histoire.

Responsable d’organismes de formation oeuvrant dans le cadre « du traitement social du chômage » j’eus besoin d’air tout à coup… Envie d’allier l’utile avec le beau cette fois.

Une rencontre, la première d’une longue série, une discussion autour d’un repas.

L’artisanat, le Maroc, les femmes…

Un livre que me tend JML, non encore diffusé en France. « Tiens réfléchis ».

Ce que je fis. Il s’agissait de poterie, de femmes, de Rif, de technique ancestrale, de Phéniciens, de beauté des formes mais de disparition de la production.

J’étais libre, j’aimais ce pays, cette région du Maroc encore vierge du tourisme de masse qui fait changer trop vite. J’avais jadis acheté sur le bord d’une route une de ces pièces, sans rien connaître de son histoire.

Premier voyage, prise de contact et présentation à Casablanca de mon avant projet associant l’économique et le social[1] : Racheter la production des potières du Rif, valoriser leur travail, promouvoir leur technique en contribuant à préserver cet art, patrimoine culturel du pays et proposer, comme un portillon ouvert sur l’avenir, des sessions « itinérantes » d’alphabétisation, aux femmes de ces douars isolés. Vif intérêt de la part de A. Kounda sans le soutien duquel le Maroc m’eut semblé bien amer…

Depuis, installation à Meknès pour parcourir le Rif jusqu’en connaître les douars non portés sur les cartes. Jai reçu bien des coups bas mais plus encore de coups de mains, je pense en particulier à la famille Zaki de Meknès. Conscients de l’intérêt de mon travail comme de l’originalité des pièces proposées, ils m’ont permis de continuer dans les moments difficiles.

Pour y arriver, un seul moyen, le terrain, le contact direct.

Avec le Rif, sa beauté, sa rudesse.

Le soleil, la pluie, la poussière ou la boue.

La montagne magnifique, reposante, fatigante. Descendre les pièces. Pas de routes, des pistes, pas de pistes… à dos d’ânes les pièces et nous à pieds.

Avec les femmes, toutes artistes. Etablir avec elles une relation de confiance. Partager des moments, un thé, un repas, une nuit.

Acheter en accordant un juste prix aux choses, proposer aux jeunes femmes qui voudraient « s’y mettre » une alternative aux travaux agricoles.

Puis revenir… et revenir encore.

De douars en douars, de tribus en tribus.

Terres différentes, femmes différentes, pièces différentes…

Chercher, trouver, passer des commandes…

A chaque fois fascinée par la diversité et la modernité qui se dégage de pièces de facture purement traditionnelle. Immobilité des techniques, des formes et des décors, aucune influence de la mode chez ces femmes artistes. Seule l’intuition du beau, de l’harmonie, de l’équilibre préside à la conception des pièces comme… à leur choix.

Faire connaître ce travail, amener les poteries dans les villes… sans les travestir. Les expliquer, les faire aimer de NG, MFG, BS, leur laisser en parler … et les remercier. Rentrer en France et vendre pour permettre aux potières de produire plus et d’améliorer leurs conditions de vie, pour gagner de l’argent pour toujours rester libre de faire ce que j’aime, partager avec vous mon émotion à Meknès, Casablanca, Marrakech, Paris et Bordeaux…

D’ octobre 2013 à juillet 2016, le bistrot géré par l’association a permis de collecter les adhésions de ses membres pour financer les cessions d’alphabétisation à l’attention des femmes céramistes qui travaillent avec nous. Malheureusement, un accident nous a contraint à ne pas le ré-ouvrir… jusqu’à présent en tout cas.

Elisabeth Lasserre

 


[1] Association  Loi 1901 en charge du volet social de ce projet enregistrée à la préfecture de la Gironde