Présentation de la poterie rurale des femmes du Rif

Poterie rurale du Nord Maroc. Elisabeth Lasserre
Assia potière

La poterie rurale du Nord Maroc, massif du Rif et ses contreforts, est fabriquée au colombin, uniquement  par des femmes qui perpétuent sans changement une technique qui se perd dans la nuit des temps.

Grande jarre à large col, anses travaillées et motifs géométriquesLa technique primitive de la céramique apparaît 6000 ans avant JC et la poterie modelée du Rif s’apparente aux poteries de l’âge du bronze du pourtour méditerranéen. L’invention du tour mécanique en 2500 avant JC n’a pas eu d’influence sur le travail de ces potières dont l’archaïsme des techniques, des formes et des décors géométriques utilisés témoignent d’un “fort conservatisme à l’égard de  la culture pré islamique Berbère” des habitants de cette région difficile d’accès.

Imprégné par l’héritage des générations passées, le mode de vie de ses montagnardes est conditionné par les traditions. Elles fabriquent encore le plus souvent, des objets utilitaires adaptés au mode de vie rural, pour leur propre usage ou destinés à la vente au souk hebdomadaire local. Pour la conservation et le stockage des denrées alimentaires, le transport et la conservation des liquides, la préparation et la consommation des mets ou la toilette, ces pièces portent toutes la marque des tribus d’appartenance des femmes. Formes, décors ou absence de décor…chaque pièce est unique et témoigne de la dextérité de la potière.

avant le décor aux oxydes de fer et de menganèse.

Souvent âgées, les femmes travaillent à domicile et leur douar, parfois très éloigné des pistes carrossées compte toujours plusieurs potières. Pourtant la relève n’est pas assurée… En cause, l’absence de reconnaissance du travail et de déboucher sérieux à la production…

Avant notre arrivée en 2001, seule la tribu des Beni Saïd, travail parfait et bonne cuisson  des pièces, vendait ses poteries au-delà du souk régional. Pour que se  transmette ce savoir-faire, artisanat qui témoigne de l’histoire du Maroc, nous  achetons ces pièces directement aux femmes avec qui nous établissons des  relations pas seulement commerciales. Depuis, certaines femmes âgées nous ont quitté, d’autres jeunes ont appris et apprennent le travail et c’est un vrai bonheur.